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JE PLEURE

Je pleure le temps de l’absence
Des pères qui fuient leurs enfants,
Les petits perdus sans défense
Immobiles dans la cour des grands.

Je pleure les jouets sans ressort
Dans les songes des anges cruels,
Les emblèmes à tête de mort
Dans la hotte du Père Noël.

Je pleure les rebuts de l’âge
Et les corps qui se défont,
S’enfoncent chaque jour davantage
Dans le noir d’un puits sans fond.

Je pleure la désespérance
Et l’errance des sans-abris,
Sans un toit, l’ombre d’une chance
De sortir un jour de l’oubli.

Je pleure la douleur des ventres,
Et l’attente dès le matin
Des brûlures qui se concentrent,
Les nœuds de la peur, de la faim.

Je pleure les masques de fer,
Les torrents de fiel qui mènent
Entre deux murailles de verre,
De l’indifférence à la haine.

Je pleure les chants qui racontent
Les corbillards de fortune,
Et conduisent encore sans honte
Des Mozart aux fosses communes.

Je pleure les hommes en attente
Dans les couloirs de la mort,
Le doigt qui presse la détente
Sur les tours des miradors.

Je pleure les corps de rechange,
Le commerce des chairs à canon,
Les coups de couteau qui s’échangent
Sous les bombes à fragmentation.

Je pleure les heures qu’on décompte,
Le labeur subi sans passion,
Les bras qui s’écartent à bon compte
De la chaîne humaine en action.

Je pleure les mots qui s’enlisent
Dans l’ire des rejets, le dégoût,
La paresse qui se déguise,
Les pâles devises des voyous.

Je pleure le viol des langues,
Les mensonges dits à demis-mots,
Et le vol enfoui sous la gangue
Des formules, le règne du faux.

Je pleure la fuite en avant,
Dans les trous noirs du destin,
Les discours du monde savant
Qui ne font ni mal, ni bien.

Je pleure les mains qu’on rattache
Aux tâches ingrates et soumises,
Les intermédiaires qui se cachent
Derrière ceux qui raflent la mise.

Je pleure les arbres arrachés,
Les géants couchés, les sans-terre,
Les racines au ciel dressées
Des aveugles dans la lumière.

I CRY

I cry the time of the absence
Of the fathers who avoid their children,
The immovable defenseless lost youngs
In the court of the old.

I cry the toys without spring
In the dreams of the cruel angels,
The emblems with head of death
In the basket of Santa Claus.

I cry the scums of the age
And the bodies which come undone,
Sink every day more
Into the black of a bottomless pit.

I cry the despair
And the wandering of the homeless persons,
Without a roof, the shade of a luck
To go out one day of the forgetting.

I cry the pain of stomachs,
And the wait from the morning
Of the burns which concentrate,
The knots of the fear, the hunger.

I cry iron masks,
Torrents of gall which lead
Between two bulwarks of glass,
From the indifference to the hatre.

I cry the singings which tell
The hearses of fortune,
And still drive without shame
Mozarts to the common graves.

I cry the men in wait
In death corridors,
The finger which presses the trigger
On the towers of miradors.

I cry extra bodies,
The business of cannon fodders,
The stabs which are exchanged
Under fragmentation bombs.

I cry the hours which we deduct,
Labour undergone without passion,
The arms which deviate cheap
From the human chain in action.

I cry the words which sink
Into the ire of the refusals, the disgust,
The laziness which disguises,
The weak slogans of the hooligans.

I cry the rape of the languages,
The lies said in demis-words,
And the theft buried under the gangue
Of formulae, the reign of the false.

I cry the flight forward,
In the black holes of the fate,
The speeches of the learned world
Which do not make either badly, nor good.

I cry the hands which we connect
With the thankless and subdued works,
The intermediaries who hide thrmselves
Behind those who swipe the stake.

I cry the extracted trees,
The slept giants, without ground,
The roots raised in the sky
Of the blind in the light.

© e-solve 2006 |